Dossier de presse et médias

Extrait Olivier Barlet, article Africulture

« Il fait nuit, il fait noir. J’ai grandi avec ce noir qui s’illumine quand on va vers un ailleurs : on découvre ce qu’il cachait ». Dans le passionnant Les Deux visages d’une femme bamiléké, Rosine Mbakam retourne au pays après sept ans d’absence. Sa voix très personnelle donne le ton. « On filme pour que les gens regardent », dit-elle à sa mère. Elle se rend au cimetière avec son fils : « Malick, viens dire bonjour à ton grand-père » – lequel est mort avant sa naissance. Dans la maison, au travail au marché, elle filme les lieux de sa mère et de son enfance, cette famille qu’elle a quittée après avoir choisi de rembourser la dot du fiancé et de partir au loin. Nous sommes au Cameroun, où la mémoire des exactions coloniales est douloureuse : « Pour ma mère, les soldats français ont emporté avec eux la vérité ». La famille, c’est aussi la deuxième épouse, acceptée pour partager les tâches. « Je ne savais pas qu’on n’allait pas s’aimer ». La famille, c’est la tristesse et la douleur. « Dans le noir, je vois une lumière. Mes tantes, ma mère, étranges, je ne les reconnais pas ». « Quand tu es seule, Dieu est avec toi », répond la mère. Pourtant, c’est avec ces femmes que Rosine a appris l’autonomie (le marché, la tontine), qu’elle s’est affranchie. C’est dans cette dualité qu’elle s’est construit sa complexité et qu’elle trouve sa lumière, sortie du piège identitaire sans oublier ses racines, prenant sa place dans le monde. « Se confronter à la différence pour découvrir l’autre couleur de mon visage », tandis que l’autre partie de soi est enfui dans la douleur, « en espérant que dans le noir d’autres lumières s’allumeront ».

 

Le blog documentaire

Marie Baget on 5 septembre 2017 A propos de Lussas
Les deux visages d’une femme Bamiléké de Rosine Mbakam

La réalisatrice d’origine camerounaise revient dans son pays et retrouve sa mère. Elle la filme et la questionne avec une grande douceur sur sa vie, ses choix, son quotidien.
A travers sa voix-off à la première personne ou ses questions directement posées en in, la réalisatrice assume sa présence. On ressent sa fragilité mais aussi son immense courage d’aller interroger ainsi ses racines et des traditions qui en général se passent d’explications. Sans jugement et sans rancœur, elle prend la mesure de l’écart entre sa culture d’origine et le mode de vie occidental qu’elle a adopté depuis qu’elle vit en Belgique. Et par la présence de son fils à l’image, elle prolonge ses questionnements sur la transmission de sa culture. Un film à la fois tendre et puissant.

 

AfryKamera Film Festival

An honest, captivating documentary essay by Cameroonian director Rosine Mbakam is a diary of her return to her home after years spent in Europe. The artist utilizes the media of film to discover stories hidden amongst the everyday house rituals of women, who formed her: her mother, aunts, neighbors, local activists..

The story’s pretexts are often simple items – a stone to grind herbs, a hot towel to massage during childbirth, dresses worn for special events. These ordinary everyday things record intimate pieces of history, female traditions passed on from generation to generation; bits of evidence of dramatic events which reflect the troubled history of the country. This private reconstruction of a family chronicle transforms into a search for a much wider, hidden message. The up-front documentary style allows Mbakam to avoid sentimentality, giving pure narrative energy to the indomitable women that are close to her.

Autorka: Jagoda Murczyńska